A l'heure où nous saisissions ces jeux gais du soleil avec les fleurs d'orangers, Antoinette s'en allait. Ses enfants l'avaient ramenée dans sa maison de Mauves sur Loire pour y fêter les Pâques. Elle a attendu ces retrouvailles pour nous quitter en beauté. A chaque retour de séance de radio-thérapie (au CHU voisin), elle s'arrêtait "dire bonjour", prendre des nouvelles de tous, veiller sur chacun. Elle était la gaieté-même. Elle était la première à "faire la claque" à chaque présentation d'apprenti-poète ou autre Amphytrion. Elle était au premier rang du moindre petit concert, applaudissant toujours, encourageant les timides. Son élégance et son rang garantissaient son couvert aux tables des "Puissants"; jamais on ne l'y voyait hurler avec les loups, y assaillir en meute. Toujours, elle trouvait le petit compliment et l'encouragement. Nous l'avons mise en terre sur les bords de la Loire à quelques heures de Pâques. Il n'y avait pas de tristesse. Elle l'aurait désavouée. La gaieté, plus qu'une politesse, circulait dans ses veines; plus qu'une simple hygiène, elle venait de ses gènes. Elle veillait sur nous. Au nom de sa tendresse, nous redoublerons de soins pour les pensionnaires de la maison de retraite.